Nos politiques familiales manquent d’ambition

Le meilleur investissement dans les enfants, c’est à un très jeune âge qu’il se fait. De nombreux dictons le disent. Pourtant, notre politique de la famille et de l’enfant n’arrive pas vraiment à miser suffisamment tôt sur les très jeunes enfants.

On dit que “chose bien commencée est à demi achevée”… mais tant les garderies que l’enseignement maternel souffrent d’un sous-investissement chronique depuis des années. “Prévenir vaut mieux que guérir”… mais nous tolérons qu’un enfant sur quatre vive en situation défavorisée, avec les conséquences bien connues. “Ce qu’on apprend au berceau dure jusqu’au tombeau”… mais beaucoup d’enfants ne découvrent le français ou le néerlandais qu’à partir de l’enseignement primaire.

Sous divers slogans, la réforme des allocations familiales nous a martelé que “tous les enfants sont égaux”. Dans la réalité pourtant, leurs chemins de vie peuvent être très éloignés. Une enfance passée dans de bonnes conditions pose des fondations solides pour toute une vie, tandis qu’une situation défavorisée laisse des cicatrices et un retard que l’on peut traîner à vie.

Des cicatrices souvent transmises à leur propre descendance. Nous devons donc faire preuve de plus d’ambition, et oser traduire les belles paroles en actes.

Viser l’excellence

Notre pays n’est certes pas le plus mauvais élève de la classe, mais cela ne doit pas nous empêcher de viser l’excellence. Beaucoup d’enfants trouvent une place dans des garderies de bonne qualité, mais les enfants issus de familles défavorisées passent plus souvent à côté de cette chance. Bien que l’enseignement maternel ne soit pas obligatoire, une large majorité des enfants le suivent. Seulement, le petit groupe d’enfants qui ne le fait pas vient plus tard souvent gonfler les statistiques sur le décrochage scolaire, la délinquance juvénile, le chômage de longue durée et la pauvreté intergénérationnelle.

Les garderies et l’enseignement maternel ne sont en effet pas des structures où l’on se contente de prendre soin des enfants ou de les occuper. Ils construisent les véritables bases du développement cognitif et socio-émotionnel de l’enfant, et sont déterminants pour la suite de son parcours scolaire et professionnel. N’est-il pas temps de miser drastiquement sur le taux de participation dans ce domaine? Le rendement social d’une telle mesure peut en effet être énorme.

Bien que les allocations familiales relèvent désormais de l’entière compétence des états fédérés et que les réformes engagées vont dans le bon sens, il reste quand même cette impression que l’on aurait pu faire preuve de plus d’ambition. L’affectation des moyens financiers en fonction des besoins réels des familles s’est sensiblement améliorée, mais la plus grande partie des allocations familiales reste toujours distribuée de façon linéaire. Une opportunité manquée. D’autre part, le rôle des caisses d’allocations familiales dans le futur paysage familial reste assez flou. Le caractère exclusivement “payeur” de ces institutions est dépassé.

Portail unique

Avec leurs connaissances, leurs contacts et leur expertise, elles doivent pouvoir élargir leur fonction de distributeurs de cash contre celle de prestataires de services au sens large au profit des familles. Elles feront ainsi office de points de contact uniques et intégrés pour les familles, à l’instar de ce que sont les guichets d’entreprises pour les sociétés, ou les mutualités pour les soins de santé. Dans la structure morcelée que présente la Belgique, ce principe du portail unique est en outre la meilleure façon de fournir un service sur mesure, par-delà les niveaux et les domaines politiques.

Nous ne pouvons plus nous permettre de reporter cela à plus tard. Une bonne politique familiale profitera aux familles et aux enfants tout au long de leur vie, et sera donc bénéfique pour l’avenir de notre société. A contrario, une politique familiale défaillante hypothéquera leurs chances de réussite, et entraînera un gaspillage d’argent public.

Il n’y a aucune raison pour que les régions ne s’attellent pas dès aujourd’hui à développer une politique familiale performante. Dans nos villes et nos villages, nous voyons bien les conséquences pour les jeunes en situation d’échec. La société a, avec leurs parents, le devoir moral de prévenir ce genre de drames. Et une politique familiale ambitieuse en est un des composants essentiels.

 

Cette opinion est apparu dans L’Echo du 17/01/2018.