Ce que les entrepreneurs nous apportent vraiment

Opinion

L’esprit d’entreprise pose problème dans notre pays. La recherche économique et les analyses historiques démontrent le rôle crucial de l’attitude envers les entrepreneurs et l’esprit d’entreprise au sens large en matière de développement d’une économie prospère.

L’innovation et la destruction créatrice sont plus fortes dans des sociétés porteuses d’attitude sociétale positive envers l’entrepreneuriat. Une enquête permet de démontrer que par rapport à la Belgique, seule l’Espagne compte un plus petit groupe de répondants attribuant un statut élevé aux entrepreneurs prospères.

Non sans raison, cela met le doigt sur un problème important. Cela signifie qu’avant de pouvoir faire un diagnostic pertinent de l’état de l’entrepreneuriat dans notre pays, il nous faudrait introduire un moment pédagogique pour expliquer le rôle crucial de l’entrepreneur dans l’économie et la société au sens large.

Alerte à prendre des risques

L’entreprenariat est un des facteurs les plus importants pour le développement économique comme par exemple l’innovation, la création d’emplois et l’accomplissement des besoins économiques. Pourtant, il n’y a qu’un infime pourcentage de la population active qui franchit le pas vers l’entreprenariat.

Ce qui caractérise l’entrepreneur, c’est la capacité de découvrir des opportunités de bénéfices, souvent liés à l’innovation ou la découverte de possibilités de générer des effets réducteurs de coûts que d’autres n’ont pas encore explorés.

L’entrepreneur est donc celui qui est suffisamment alerte et disposé à prendre des risques pour saisir ces opportunités. Une société a besoin de personnes capables d’évaluer les opportunités d’un développement innovant. Des personnes orientées vers l’action, disposant des caractéristiques cruciales, indispensables à l’identification de l’opportunité, de la persévérance et de la force de travail nécessaires pour réaliser l’objectif.

Oser se lancer dans la conquête d’un terrain inconnu en portant personnellement le risque financier de la réalisation d’un projet constitue un élément essentiel de l’entreprenariat.

Une étude de McKinsey estime que sur 10.000 idées, 1.000 entreprises démarrent, 100 disposent du capital de démarrage nécessaire, 20 vont rechercher du capital public et 2 poussent l’aventure jusqu’à devenir le leader du marché.

L’angoisse de la faillite

La stigmatisation de la faillite décourage beaucoup de personnes par rapport à l’entreprenariat. 47% des Européens seraient freinés dans leur élan consommateur lorsqu’il s’agit de placer commande auprès de quelqu’un ayant déjà fait l’expérience d’une faillite.

Ceci démontre l’importance d’aller s’inspirer dans les pays où il existe beaucoup moins de stigmatisation de la faillite. Ce sont typiquement des pays où la procédure de faillite se déroule beaucoup plus rapidement. Celle-ci varie, au sein de l’Europe, de quatre mois à neuf ans. La recherche axée sur l’importance de l’entrepreneuriat en série ne fait que confirmer cette thèse. Les plus grands entrepreneurs ont aussi connu des échecs. On pourrait même affirmer que l’expérience de l’échec leur a permis de s’adapter et de comprendre comment accéder au succès.

L’entrepreneur facilite l’investissement de moyens dans l’économie tout en permettant de les bouger d’applications de faible valeur vers des applications de plus-value accrue. De plus, ces initiatives ne passent pas inaperçu.

Son action entrepreneuriale ouvre souvent les yeux des autres acteurs sur le potentiel de nouveaux projets porteurs. De cette façon l’entrepreneuriat entraîne plus d’entrepreneuriat et crée une spirale positive. Les bénéfices réalisés par les entrepreneurs ainsi que leurs pertes comptabilisées créent une information de grande plus-value sociétale permettant l’investissement plus efficace des moyens.

La rapidité avec laquelle sont testés de nouveaux produits et processus via un système de bénéfices ou de pertes est essentielle. Nul ne se trouve dans une situation individuelle lui permettant d’avoir une certitude sur la viabilité des opportunités. Seul un processus d’essai-erreur permet de faire la lumière en la matière. L’entrepreneuriat est égal à l’exploitation de potentiel.

L’autel du court terme

Dans les sociétés à tendance dysfonctionnelle, il n’est pas rare d’observer les défenseurs des technologies traditionnelles exercer une pression politique afin d’éviter le processus de destruction créatrice.

Parfois il semble alléchant de sacrifier le changement sur l’autel du court terme pour éviter les douleurs allant de pair avec la perte des repères traditionnels, mais ceci se fait toujours aux dépens d’un progrès à long terme et de la prospérité que beaucoup, aujourd’hui, considèrent comme évidente.

Aller dans le sens de ceux qui plaident contre le changement économique ne mènera qu’à une paralysie du progrès. Néanmoins, dans certains pays, le pouvoir établi génère des obstacles à la croissance de jeunes entreprises axées vers l’avenir considérant ces dernières comme potentiellement déstabilisatrices des conventions établies. Un scan régulier permettrait de mettre en lumière les règles et les accords de marché concernant certains produits, qui complexifient l’accès et la sortie de nouvelles entreprises aux idées innovantes.

Une gestion intelligente se focalise davantage sur la qualité de l’entrepreneuriat que sur le volume. Les mesures permettant à des petites entreprises, vouées à la disparition, de maintenir le cap à travers des subventions ou des avantages fiscaux, découlent plus d’une politique sociale que de politique entrepreneuriale.

Un entrepreneuriat méritant

Il existe de nombreuses collectivités au sein desquelles il n’est pas du tout valorisant d’aborder de nouveaux marchés, de proposer de nouveaux produits, d’introduire de nouvelles méthodes ou d’implémenter des nouvelles stratégies d’organisation mais où il est davantage attractif de faire un lobbying dans le sens d’un avantage de l’ordre d’un monopole ou d’une autre façon de “rent-seeking”.

Il s’agit des efforts fournis afin de convaincre les législateurs par exemple de l’une ou l’autre mesure de subvention. Là où l’entrepreneuriat amorce le mouvement de l’économie vers la création de nouvelles opportunités innovantes, l’entrepreneuriat contre-productif peut générer un cercle vicieux.

Tant que l’entrepreneur prend des risques et qu’il encaisse les revers, il est seul à assumer la tâche. Dès qu’une entreprise existe, nombreux sont ceux qui réclameront des droits sur le revenu ou sur le bénéfice que celle-ci générera, qu’il s’agisse de fournisseurs, de travailleurs ou des autorités fiscales.

La structure du système fiscal joue un rôle important à cet égard. La sanction du succès entrepreneurial mènera les entrepreneurs à canaliser leurs moyens dans d’autres activités induisant finalement une réduction de développement économique se répercutant sur un prix à payer par la collectivité entière.

L’urgence est d’attaquer les barrières à la création d’entreprise sur le plan des régulations et de la fiscalité. Le coût d’une création d’entreprise chez nous est 60% plus élevé que la moyenne de la zone euro et le coût de transfert de propriété est trois fois plus élevé.