Une étude innovatrice de Johan Albrecht (Itinera Institute et UGent) à propos des mythes et réalités de la problématique climatique.
Un manuel pour une analyse politique plus réaliste et plus efficace.
Présenté à la presse à l’Itinera Institute le 6-11-2007 (12-14 heures)
EMBARGO JUSQU’AU 6-11-2007, 15 HEURES
I. Relativisme
Les changements climatiques à venir semblent bel et bien être le thème international par excellence. C’est le résultat d’une stratégie de communication réussie mais sélective. Cette sélectivité a un prix. L’histoire climatique populaire balaye la fin de l’ère de l’énergie fossile bon marché. Un changement radical de notre système énergétique – une transition énergétique – est donc urgent. Cette transition pourrait devenir une histoire de croissance économique au profit de l’écologie si les autorités osent créer un environnement stimulant pour l’entreprenariat autour d’une technologie énergétique intelligente.
Dans le livre « Relativisme climatique », le désastre climatique, qui est par ailleurs particulièrement attractif pour les médias (A l’aide! La terre fond!), est relativisé non sur base d’un « négationnisme » unique mais sur base des rapports du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC ci-dessous). Les conclusions de notre analyse nous permettent de dégriser et de constater que le cadre politique et, principalement, la transition énergétique de long terme ont besoin d’être stimulés. Ou comment le GIEC nie lui-même le très médiatique problème climatique.
II. Le désastre climatique annoncé est bien exagéré
Le flux continu d’annonces de désastre climatique est la conséquence directe du choix du GIEC de baser les prévisions climatique à l’horizon 2100 sur des worst case scenario irréalistes. Ces scénarios futuristes ne prennent en compte aucune politique climatique et n’ont presque pas d’attention pour la pénurie d’énergies fossiles et les implications au niveau de prix qui en découlent. Les hypothèses appliquées par le GIEC à l’évolution de la population mondiale et aux futurs systèmes énergétiques détournent l’attention de l’existence de « visions standard ». De ce fait, les prévisions d’émissions de CO2 sont par définition très élevées. Il n’est pas non plus surprenant que les modèles du GIEC prévoient des changements climatiques visibles.
Mais à quel point ces changements climatiques sont-ils problématiques ? Les scénarios du GIEC qui correspondent le mieux aux visions des autres organisations de recherche internationales, les scénarios dits B1, prévoient une augmentation de la température moyenne de 1,1 à 1,8°C à l’horizon 2100 si aucune politique climatique n’est mise en place. Cette augmentation est en dessous de l’objectif de l’Union Européenne en matière de politique climatique. Selon l’Union Européenne, une augmentation de la température de 2°C sur une période de 100 ans est en fin de compte « acceptable ». Le GIEC prévoit donc que cet objectif puisse être atteint sans politique climatique. L’existence formelle des problèmes climatique est donc formellement réfutée par le GIEC.
III. Pénurie et prix : a convenient partnership
La deuxième question centrale du livre concerne la transition énergétique nécessaire. La pénurie de sources d’énergie fossile – il y a encore du pétrole pour environ 30 ans – et les prix élevés rendent clair le fait que chaque pays devra développer à terme un nouveau système énergétique alternatif. La transition énergétique a déjà commencé dans des pays disposant d’une vision industrielle claire. La Suède ne sera plus dépendante du pétrole à l’horizon 2020. De la même manière, le Royaume-Uni et l’Allemagne prévoient la mise en place d’objectifs ambitieux en matière d’émissions de gaz à effet de serre et d’énergie renouvelable. Ces engagements unilatéraux et indépendants sont le résultat d’une concertation avec les secteurs industriels importants. La création de nouveaux secteurs de croissance et d’emplois sont les caractéristiques attirantes de la transition énergétique.
Les systèmes énergétiques du futur seront moins dépendants des énergies fossiles et ils émettront moins de CO2 et d’autres gaz à effet de serre et ce par définition. La pénurie d’énergie fossile et les prix élevés de l’énergie sont donc également les meilleurs alliés de chaque politique climatique. A convenient partnership. Même les pays qui ne désirent pas mettre en place une politique climatique devront fournir une réponse à la problématique de la pénurie des énergies fossiles.
IV. Politique climatique = transition énergétique ≠ pure réduction des émissions
La politique climatique est aujourd’hui trop liée à une pure réduction des émissions. Le Protocole de Kyoto est un protocole de réduction établit par les pays industrialisés les plus riches. Seules les technologies réductrices d’émissions sont économiquement intéressante pour les pays riches. C’est pour cela que les pays riches n’ont d’yeux que pour les objectifs de réductions veulent convaincre les grands pays en voie de développement d’également opter pour la mitigation.
L’histoire du climat doit être une histoire de création de marché industrielle de long terme. Il s’agit d’une stratégie responsable lorsque, dans le même temps, suffisamment est investi en soutient à l’adaptation des pays les plus pauvres.
La politique climatique ne peut pas être examinée comme une problématique isolée mais doit accompagner la transition énergétique nécessaire et la pousser dans la bonne direction. Des opportunités économiques et énergétiques sans précédent sont en jeu. La mise en place d’un système énergétique alternatif – un fluxsystème – peut, finalement, lier l’économie mondiale à l’énergie disponible dans l’atmosphère et donc assurer un gain de bien-être jamais vu. L’usage intensif de supports énergétiques fossiles rend possible un gain de bien-être équivalent à celui de la Révolution Industrielle.
L’usage de prix énergétiques corrects va accélérer l’évolution vers un système énergétique durable. L’instrument des prix donne des informations sur le marché à plus de 6 milliard d’agents économiques qui peuvent donc essayer d’adapter leur comportement à terme. L’usage cohérent de l’instrument des prix, à l’intérieur d’un cadre politique de long terme, indique le chemin à suivre en matière d’innovations technologiques nécessaires et de changements de comportement. C’est bon pour l’environnement et pour l’économie.La réforme graduelle du système énergétique est principalement faisable dans les pays disposant d’une « tradition de réforme ». La flexibilité et le fait de pouvoir relever de nouveaux défis sont les caractéristiques d’économies fortes. C’est vrai pour les défis énergétiques et climatiques mais également pour les défis du vieillissement et de la globalisation.
V. Et la Belgique ?
L’exemple de la Suède illustre le fait que des petits pays peuvent également apporter leur pierre à la transition énergétique. Cela ne veut bien entendu pas dire que notre pays doit copier l’objectif suédois. Une analyse du potentiel technologique de notre pays – en incluant les réseaux de recherche privés et publics – et une concertation entre les principaux acteurs et les autorités régulatrices est une première étape afin de définir un cadre de recherche pour stimuler des innovations durables.
Dans le cas où notre pays ne compterait pas d’acteurs technologiques importants, nous devrions alors absolument créer un climat économique de manière à attirer de nouvelles entreprises et à permettre à de plus petites sociétés de croître. A moyen terme, un secteur de « technologie énergétique intelligente » doit naître et croître. Sinon, nous manquerons le train et nous devrons importer des technologies énergétiques.
Après évaluation de la politique énergétique belge ou européenne, la question se pose de savoir dans quelle mesure les réglementations actuelles contribuent à la transition énergétique. Lors de la décision de l’achat de technologies durables – des panneaux solaires par exemple – les autorités offrent des chances incomplètes à des firmes technologiques alternatives qui veulent créer de nouvelles niches.
Un environnement stimulant, innovateur et orienté vers la technologie doit être central dans chaque politique climatique ou énergétique.
VI. Quelques (un)convenient facts
- La forte augmentation de la population – 9 milliard d’habitants en 2010 – est un facteur aggravant pour la pression environnementale croissante. La pression environnementale va augmenter suite au besoin d’augmenter la production de nourriture de manière substantielle.
- Le problème climatique est un problème de pauvreté. Les régions pauvres restent trop vulnérables même pour des changements climatiques locaux et limités. Là, les objectifs des réductions d’émissions ne changent rien.
- Même une température terrestre moyenne stable dissimule des changements climatiques locaux qui peuvent se compenser mutuellement. Les problèmes climatiques locaux et un climat mondial stable peuvent même en principe être plus problématiques qu’une augmentation de la température globale. Ce qui compte, c’est la capacité d’adaptation locale.
- Il y a, à l’heure actuelle, des solutions technologiques pour limiter fortement les émissions de gaz à effet de serre. Le pipeline est bien rempli et ce grâce aux objectifs climatiques et aux prix élevés de l’énergie.
- Les pays disposant d’une réelle vision travaillent actuellement de manière indépendante à la transition énergétique et n’attendent pas l’engagement des autres pays.
- L’industrie profite encore d’une dynamique technologique. Derrière les écrans, les industriels soutiennent également volontiers le lancement du dossier climatique.
