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Les universités belges sont-elles menacées ?
09 Octobre 2007

I. Les universités sont cruciales pour le futur de notre pays

L’enseignement supérieur est devenu crucial pour encourager l’innovation et la croissance dans les économies avancées. Le récent rapport Aghion et Cohen (2007) « Education et croissance » est clair sur la question. En étudiant les budgets alloués à l’éducation par 25 pays de l’OCDE sur quarante ans, ils ont montré que plus un pays développé investissait dans son enseignement supérieur, plus sa croissance était forte. L’enjeu majeur aujourd’hui est de promouvoir l’enseignement supérieur et la recherche : c’est là que se joue la bataille pour la connaissance, base des avantages comparatifs et de la croissance de demain.

II. Les classements internationaux masquent l’ampleur des écarts entre les universités américaines et européennes

Sur base des indicateurs de performance en recherche et enseignement utilisés, les universités américaines dominent dans tous les classements. Mais même ces classements démontrent insuffisamment l’ampleur de l’écart qui sépare les meilleures universités aux Etats-Unis et en Europe. Du point de vue des performances, la disparité est énorme. A titre d’illustration, Harvard a plus de scientifiques fréquemment cités que la France toute entière. Stanford et Berkeley ensemble ont plus de scientifiques fréquemment cités que l’Allemagne toute entière. Du point de vue des moyens, les écarts sont aussi importants. La dotation d’Harvard en 2005 était plus importante que le financement annuel total de toutes les universités britanniques. Stanford a une dotation par étudiant de 2 millions de dollars. Les universités du top 10 américain dépensent en moyenne par étudiant par an 25 fois plus que nos universités européennes.

III. Les universités belges sont souvent plus performantes que ce que les classements ne suggèrent

Les classements existants se focalisent surtout sur les performances absolues des universités. Nous avons construits un baromètre de performance relative en comparant les résultats en termes de recherches et d’enseignements aux moyens disponibles pour chaque université. Dans notre baromètre mondial des résultats en fonction des moyens, presque toutes les universités belges améliorent sensiblement leur position internationale. La Belgique arrive à placer trois universités dans le top mondial : UCL en 55ème position, KUL en 61ème position et ULB en 104ème position. Cela suggère que nos universités arrivent à relativement bien dépenser le peu de moyens dont elles disposent.

IV. Le financement public des universités belges s’érode lentement

Entre 1975 et 1998, en Communauté française de Belgique, l’accroissement considérable de la population universitaire s’est accompagné d’une réduction du nombre de membres du personnel académique et scientifique. Cela s’est traduit par une dégradation progressive des taux d’encadrement : le nombre d’étudiants par membre du personnel académique et scientifique ayant augmenté de plus de 50%. Et cette évolution se poursuit entre 1998 et 2006 avec un nombre d’étudiants qui s’accroît de 10% et un nombre d’académiques (ETP) qui augmente seulement de 3,6%. Même en Flandre, où les moyens sont davantage disponibles, la population étudiante a augmentée de 18.75% entre 1998 et 2004 alors que le nombre d’académiques n’a augmenté que de 11.73%. Et entre 2000 et 2006, la population étudiante y a augmentée de 24% contre 4.32% seulement d’augmentation du corps académique. Avec le départ à la retraite de beaucoup d’académiques dans les années qui viennent, ce mouvement risque de s’accentuer. Il est donc urgent que la Belgique, qui semble négliger ses universités en faveur de l’enseignement secondaire, en fasse une nouvelle priorité.

V. Investir plus et investir bien

Un manque de financement n’est pas tout le problème, mais il fait partie du problème. En effet, il apparaît de plus en plus qu’un déficit de financement est fatal dans la concurrence pour la performance et la poursuite de l’excellence. Les universités belges sont confrontées à des concurrents sérieux en Angleterre, en Allemagne, en France, aux Pays-Bas, dans les pays scandinaves, en Suisse, et bien sûr aux Etats-Unis, lesquels représentent le principal pôle d’attraction de la recherche et de l’enseignement supérieur. Quant à l’Angleterre, la France et l’Allemagne, elles commencent à aider considérablement leurs meilleures institutions. Ainsi, le gouvernement français vient de décider de faire de la réforme de ses universités une priorité absolue, et s’engage à investir 5 milliards euros d’ici 2012 pour moderniser son enseignement supérieur.
Il faut aussi bien dépenser les moyens supplémentaires. La performance ne dépend pas seulement du financement mais aussi d’une plus grande autonomie des universités, non seulement budgétaire, mais aussi de recrutement et de fixation des salaires. Plus de moyen et plus d’autonomie requièrent aussi une évaluation stricte de l’activité de recherche et d’enseignement des universités et une plus grande responsabilité des académiciens et des gestionnaires des universités.

Télécharger l'étude de Jean Hindriks ici.

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